Mais qui est Gwen

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Dimanche 8 juillet 2007

Les minutes sont longues, les journées courtes. Les nuits font la course comme pour rattraper les semaines et, dans cette tempête de contre-courants, je navigue. Les hauts, les bas, c’est le temps qui me les dicte. Que mon horizon se dégage pour quelques heures et mon esprit, toutes voiles dehors, se sent léger, généreux, présent et indestructible. Mais chaque minute grignote de cette belle assurance et engloutit mes illusions.

 

C’est un constat des plus communs, mais le temps ne suffit plus. Chaque voyage, chaque rencontre, apporte sa ration de bonheur, jusqu’à ce que la cargaison, utile, rassurante, mais trop pesante, fasse tanguer le navire un peu trop peut-être. Dur de redresser la barre dans ces conditions, mais dois-je pour autant voguer cales vides ? Comment mon esprit peut-il se rebeller contre un excès de richesse et de liberté ? Comment ose-t-il ?

 

Et pourtant ! Le vent tombe, l’élan se perd, la torpeur s’installe. Plus d’escales-rencontres, plus de cap. Après une belle course, c’est le coup d’arrêt. Être seule, une semaine durant. Ne penser à rien d’autre qu’à moi. Ne rien faire, ou faire des choses pour rien. N’y être pour personne. Voilà toutes mes aspirations dans ces moments. Mais rien ne se vide d’un coup de baguette. Et d’ailleurs je n’en ai même pas vraiment envie.

 

Burned out.

 

par Gwen publié dans : Tranche de vie
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Samedi 7 juillet 2007

Des nouvelles tous les trois mois, ça vous va ? Je me suis fait taper sur les doigts par ma sœur, qui veille au grain, et même par les administrateurs du site du blog, qui m’envoient tous les vingt jours un email en me rappelant mes codes de connexion, des fois que leur perte soit à l’origine de mon silence.

 

Le problème, c’est qu’il s’est passé tellement de choses depuis mon dernier article (début mai) que je ne sais même pas par où commencer !

 

Je suppose qu’il ne serait pas inutile d’expliquer quelque peu le titre de cet article.

 

Il y a quelques mois, Elodie, qui vit en Chine depuis huit ans, m’a entendue répondre à un taxi faisant un usage abusif de sa paume droite sur le klaxon. À cette occasion, elle m’a dit combien il était important que je garde le souvenir de tout ce qui pouvait me paraître nouveau et insolite en Chine, avant que l’habitude ne s’installe et ne transforme tout ça en routine. Manque de bol, le gouvernement a récemment décidé d’interdire l’usage intempestif des klaxons, et les conducteurs, incroyablement disciplinés, on pratiquement oublié où ils se trouvaient.

 

Pas d’histoires de klaxons donc. Au lieu de cela, je vais vous raconter comment Enora (la sœur ci-dessus mentionnée) et moi en sommes venues à hurler « Jetez vos morts » à tout bout de champ dans Shanghai.

 

Le tri des ordures dans notre demeure shanghaienne n’a rien à voir avec le casse-tête d’organisation de mes 18 mois passés au Luxembourg. Pas de poubelles de couleurs différentes (j’en avais 5 à l’époque, heureusement que j’avais une petite voiture, il ne restait pas grand-place dans le garage), pas de fiche d’instructions, pas de puce électronique dans la « poubelle fourre-tout » pour surtaxer les mauvais citoyens qui ne trient pas assez. Au lieu de cela, une seule et unique poubelle à vider dans une plus grosse « seule et unique poubelle » dans la cage d’escalier de l’étage. Pas très civique tout ça me direz-vous. Les choses fonctionnent en fait différemment de chez nous.

 

À se balader dans les rues, on entend fréquemment de petites cloches résonner. Elles ont parfois perdu leur battant d’origine, ingénieusement remplacé par une clé suspendue à quelques centimètres de cordelette, qui vient frapper le tambour en produisant un son aigu et sec. Ces cloches sont agitées par des « ramasseurs », qui pédalent sans discontinuer sur des vélos rouillés et surmontés, à l’arrière, d’une plateforme en bois destinée à recueillir des monceaux de carton ou de plastique. Ces pauvres hères, de vieilles sandales aux pieds, vêtus d’un pantalon de toile remonté au-dessus des genoux et d’une chemise retroussée sur le dos, revendent ensuite leurs lots à des usines qui les recyclent. Leur allure d’un autre temps, leur son de cloche caractéristique, leur sort peu enviable, nous sont apparus comme un phénomène étrange que notre esprit a tout de suite associé aux corbeaux, ces ramasseurs de morts des temps des grandes épidémies. De là à s’égosiller « Jetez vos morts » à chaque tintement, il n’y avait qu’un pas, que nous avons bien sûr franchi à la faveur d’un rayon de soleil.

 

Nos grand-mères entendaient le laitier et le cordonnier annoncer leur passage dans les rues. La Chine, s’est aussi un voyage dans le temps !
par Gwen publié dans : Tranche de vie
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Mardi 1 mai 2007

NOTE : il manque des photos. Serveur trop lent!

Les jours de vacances à Shanghai se suivent, mais ne se ressemblent pas ! Hier, Enora et moi errions tranquillement dans les rues de la Concession française, aux alentours de l’appartement. Après un arrêt chez le coiffeur pour qu’Enora découvre les shampooings « assis devant le miroir sans se casser la nuque dans un bac »...

...nous sommes allées nous faire faire des cartes de visite, outil indispensable pour s’intégrer dans la masse « tendance » de Shanghai.

 

Après cette rude épreuve (non pas si rude, mais bien longue !), nous nous sommes remises en route. Nous avons ainsi croisé un marché couvert (pas de photo, il aurait fallu s’approcher de l’entrée et l’odeur nous en a dissuadées) autour duquel trônent des charrettes (Enora a pris des photos d’un camion de poulets et coqs à moitié cannés, brrrr, mais j’ai pas la photo, et elle dort Enora !).

 

 

Dans les écoles, les élèves répétaient une marche militaire (no comment) sous le sifflet bienveillant de leur maître de musique.

 

 

 

Nous avons ensuite mangé une petite salade chez Cotton, absolument désert à cette heure (16h un lundi), avant d’aller faire des emplettes à Xujiahui, à deux kilomètres de l’appartement.

 

 

Certes, la population à Xujiahui était plus dense que les trois pelés que nous avions croisés dans la journée, mais rien ne nous laissait entrevoir notre sort du mardi…

 

 

 

 

Aujourd’hui, c’était une autre histoire. Le beau temps aidant, nous avons décidé d’aller nous balader du côté de la Place du peuple. Mais là, nous avons remarqué que l’idée avait traversé d’autres esprits !

 

 

 

Cette semaine est fériée en Chine. Conclusion, les Shanghaiens ont déserté, mais le reste du pays s’est donné rendez-vous à Shanghai, et apparemment Place du Peuple (et non pas sur les marches de la place des grands hommes !). Impressionnant, non ? C’est là que l’on prend toute la mesure du mot « foule » et que l’on compatit avec les agoraphobes. Pas besoin de préciser que nous n’avons pas traversé cette cohue de têtes brunes (aucun intérêt ! En plus, y’a rien à voir là, ce ne sont que des magasins !).

 

 

Nous avons donc décidé, puisque nous étions dans le coin, d’aller du côté du Bund, qui marquait, il fut un temps, la frontière Est de Shanghai, avant que le quartier de Pudong ne s’urbanise. Sur le chemin, il nous a suffi de nous éloigner d’un bloc de la Place du Peuple pour que les fils électriques et les chantiers redeviennent plus nombreux que les Chinois alentours.

 

 

  

 

Ah bah oui, mais voilà que les cousins des touristes de la Place du Peuple étaient quant à eux sur la promenade du Bund !

 

 

 

Nous avons donc pris les photos de rigueur et puis nous avons dû nous frayer un chemin, façon spéléologues (heureusement que nous dépassions la moyenne d’une tête, c’était plus facile pour se repérer), pour atteindre le parc du Bund.

 

Là, nous avons trouvé…

 

des sculptures moches (heureusement qu’il y a Enora devant, sinon, aucun intérêt !)

 

 

des cafés avec des brumisateurs dans le sol (mais pas de clients !)

 

 

des vendeurs de choses malodorantes et pas du tout appétissantes mais qui étaient dans les mains de tous

 

 

puis, enfin, le calme !

 

 

Après toutes ces émotions, nous avons acheté de quoi nous faire un bon dîner (là encore, j’ai pas la photo, c’est Enora qui l’a faite) et nous avons passé une soirée tranquille à la maison…
par Gwen publié dans : Tranche de vie
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Mardi 1 mai 2007

Quelques esprits railleurs insinuent depuis peu que mes périples deviennent difficiles à suivre. Afin de les contenter (notez ma bonne volonté !), j’ai donc décidé de tenir un carnet de bord de mes déplacements. Cette nouvelle démarche me permettra, par la même occasion, de libérer quelques MB de mémoire dans mon cerveau encombré. Et voilà, tout le monde il est content. Il va sans dire que cet article sera mis à jour régulièrement (ben oui, sinon il sert plus à rien).

 Voici donc le programme de ce début d’année 2007 et des prochaines semaines, voire des prochains mois (sous réserve de modifications… enfin, tout du moins en ce qui concerne les périodes à venir) :

 Nouvel an 2007 : péniche – région parisienne (note : semi-explosion du four qui a failli nous faire mal démarrer l’année !).

 01/01/2007 – 12/01/2007 : région parisienne

 13/01/2007 – 22/02/2007 : Shanghai

 23/02/2007 – 26/02/2007 : Hong Kong (voir photos dans « l’article » correspondant)

 26/02/2007 – 03/02/2007 : Shanghai (à essayer de récupérer de la fatigue induite par Hong Kong)

 04/03/2007 – 12/03/2007 : Paris (remise des diplômes de l’IAE, match de rugby, etc.)

 13/03/2007 – 13/04/2007 : Shanghai (déménagement et boulot, boulot, boulot – voir l’article « L’Eclipse »)

  14/04/2007 – 17/04/2007 : Paris & région parisienne

 17/04/2007 – 19/04/2007 : Strasbourg (enfin, pas loin quoi)

 20/04/2007 – 22/04/2007 : Epernay (visite des caves de Castellane et week-end au vert ! Merci !)

 22/04/2007 – 28/04/2007 : Paris & région parisienne

 29/04/2007 – 12/05/2007 : Shanghai (vacances avec Enora !)

13/05/2007-20/05/2007 : Bali (Ubud). Finalement, les villas Zen, ça a duré 2 nuits. Ensuite, on a bougé pour deux nuits avant de re-déménager pour 3 nuits: record de rapidité de préparation des bagages (10 minutes et 15 secondes).

20/05/2007 - 24/05/2007 : Bali (Sanur). Au Hyatt resort. Finalement, plutôt bof, à part le lever de soleil, mais à 5h45 du matin, c'est un peu tôt quand même.

24/05/2007 - 2/06/2007 : Lombok (Segara villas). Le paradis sur Terre. La connexion Internet était juste un peu problématique

2/06/2007 - 3/06/2007 : Jakarta. Visite avec Atie et chasse aux cafards nocturne dans l'appart'. Un régal.

4/06/2007 - 27/06/2007 : Shanghai. Plein de visiteurs (Kim et Céline d'abord, puis Markus). Naissance de nouveaux projets professionnels.

27/06/2007 - 28/06/2007 : Amsterdam. En escale sur le chemin de New York, mais ça ne nous a pas empêchés de rester une soirée en ville et de nous balader un peu.

28/06/2007 - 07/07/2007 : Astoria (NY). Chez Cap et Artie. Soirée du 4 juillet sympa comme tout.

07/07/2007 - 08/07/2007 : nuit à Manhattan.

08/07/2007 - 13/07/2007 : semaine aux Hamptons. Jim, ses filles, la plage et les balades à vélo.

13/07/2007 - 20/07/2007 : (trop) courte semaine à Manhattan (cf. article "de Brooklyn aux Champs Elysées")

21/07/2007 - 28/07/2007 : Montmorency, région parisienne. Grand bonjour (d'une semaine) à mes grands-parents! Croissants le matin et double express en terrasse (la Dolce vita!)

28/07/2007 - ... : Paris 12è. C'est vide Paris en ce moment! Heureusement, les balades à moto dans la capitale sont toujours aussi sympa.

 Projets, options et autres délires :

 Suzhou & Hangzhou (Chine) – ça sera à faire une autre fois. Au lieu de ça, nous avons pédalé partout dans Shanghai!

 Paris (France) – de passage sûrement ! Plus ou moins longtemps.

 Plonéour-Lanvern (Bretagne, France) – méga réunion de famille et énième visite des environs seule ou à plusieurs (dates exactes inconnues mais présence obligatoire le 11 août pour la chouille familiale)

 Uberlingen (Allemagne) – le lac de Constance à la belle saison ET un petit rafraîchissement pour mon allemand devenu tout pourri, ça ne se refuse pas (sais pas quand et sais pas combien de temps)

Lausanne (Suisse) – quitte à être dans le coin (cf. Uberlingen), autant aller rendre visite à mes clients suisses (date inconnue, durée : courte !). Bon, à ce stade, chuis plus sûre en fait!

Luxembourg (Luxembourg) – visite de tous les amis qui sont restés là-bas et travail avec ma nouvelle collègue Valérie, qui rejoint notre équipe de "traducteuses talentueuses" le 1er septembre.

Londres (Grande-Bretagne) – il paraît qu'il faut que j'y retourne pour aller voir mes principaux clients (et hop, une petite formation sur la finance avec Gwen en décrypteuse de courbe des taux et autres monstruosités). Cette fois, ils veulent aussi aller prendre un verre, voire dîner! Alors ça risque d'être deux jours au moins.

Berlin (Allemagne) – il paraît que j'y vais le week-end du 7 septembre.

Budapest (Hongrie) – cette fois, je ne laisserai pas Jul pendant 5 mois à Budapest sans venir lui rendre une petite visite (env. 1 semaine, sais pas quand) 

New York (USA) – là encore, il faut que je retourne voir mes clients. Une semaine cette fois (question du logement  problématique)

 

Shanghai (Chine) – c'est quand même là que je suis censée habiter! Selon toutes probabilités, je devrais y être entre le 16 et le 26 octobre!

Tokyo (Japon) – sur la route de San Francisco (pour une conférence), arrêt de 2 jours à Tokyo pour voir un peu.

San Francisco (USA) – ça fait presque un tour de la Terre. Conférence de la ATA. Sans doute du 30 octobre au 10 novembre.

Shanghai (Chine) – du 11 novembre au...???

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Shanghai (Chine) – du 8 octobre au 5 décembre.

 La Lune – j’y pense, mais y’a pas encore Internet là-bas, ça va pas être facile pour travailler !

 Projets pour 2008 : encore à l’état embryonnaire, mais un voyage en Californie se dessine à l’horizon avec périple en voiture de LA à San Francisco. Un séjour de deux mois à Moscou semble lui aussi prendre forme, histoire de réveiller mon russe, mais je devrais globalement me faire beaucoup plus présente à Shanghai (sinon, c’est énervant, je rate une soirée sur deux et je peux pas avancer dans mon chinois !).

  Enfin, rien de tout cela n’est sûr. Après tout, qui sait où me portera le vent !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par Gwen publié dans : Instantanés
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Vendredi 20 avril 2007

Le voyage de l'oiseau migrateur fut long, mais la lutte contre les vents n'a rien retiré de la sensation de liberté.

Mardi après-midi, l'oiseau s'est donc envolé de Paris en pétavroum pour rejoindre l'Alsace. Sur la route, les rafales menaçant de déstabiliser l'équilibre de la machine (on aura beau me dire qu'il y a un machin physique sous le fait que la moto reste droite quand elle avance, moi, j'ai pas super confiance), je me suis harponnée à l'engin. J'y ai gagné de belles courbatures le lendemain! Au bout de quelque 250 km, le haut du dos commençant à râler, de manière un peu trop pressante à mon goût, contre l'effort de lutte que je lui demandais, j'ai dû pratiquement me coucher sur le réservoir afin de profiter un maximum de la bulle et de me protéger de l'air. Les coudes écartés, le haut du corps couché et la tête relevée, j'ai été prise d'un fou rire en pensant à la BD du "Joe Bar team" et à ses motards aussi machos que décatis dont je devais rappeler l'allure. Et j'imaginais ma soeur me disant avec un sourire en coin: "Ben alors, ça arsouille!".

Et voilà, mardi soir, je suis arrivée en territoire alsacien, où j'ai retrouvé mes amies voyageuses les cigognes. Aujourd'hui, je repars vers de nouvelles aventures (avec des lingettes pour me débarrasser des moustiques sur la visière) en habit top moumoute (j'ai acheté un pantalon de cuir - ces trucs là, plus anti-sexe, c'est pas possible). Direction Epernay et un bout de route des vins en Champagne.

A plus pour de nouvelles aventures...

Gwen

 

par Gwen publié dans : Tranche de vie
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Dimanche 15 avril 2007

Me voilà rentrée en France pour deux semaines. La motivation a été dure à trouver pour quitter l’appartement, mettre fin à la conversation que j’avais avec Alex devant une assiette de fromage et un verre de Porto. Confortablement enfoncée dans un fauteuil relaxant, il a pourtant fallu que je me fasse violence et que je jette quelques affaires dans un vieux sac de randonnée avant de demander un taxi pour l’aéroport aux agents de sécurité de l’immeuble.

 

Arrivée à l’aéroport, je me mets docilement en ligne pour passer le contrôle de l’immigration, tout en veillant à maintenir une distance de sécurité entre mon prédécesseur et moi-même. Sans me douter de rien, je m’étais auparavant plantée derrière lui et l’observais tourner la tête dans tous les sens, comme s’il cherchait à localiser toutes les caméras du lieu. Il m’apparut, un temps plus tard, qu’en lieu de caméra, il cherchait désespérément à dénicher des toilettes dans ce sas entre le sol chinois et le territoire international. Point besoin d’un flair de limier pour se rendre compte que les intestins de l’homme l’avaient conduit dans une situation désespérée. Furtivement, j’ai donc pris mes distances, préférant risquer de me faire prendre ma place plutôt que de m’aventurer en terrain piégé.

 

Dans l’avion, je jubile à l’idée de ne pas avoir de voisin. La vidéo de la rangée de sièges sur laquelle je suis ne fonctionne pas. À l’enregistrement, j’ai tout de même insisté pour conserver mon 22E et l’on m’a annoncé que je serais seule puisque les passagers des deux sièges adjacents avaient été déplacés. Quelle n’est alors pas ma déception lorsque deux Chinois s’installent à côté de moi. J’ai déjà pris possession de la couverture de mon voisin, que je croyais inexistant. Ce dernier me la laisse galamment et nous quittons le sol pour onze heures trente de vol. Pour une fois, la fatigue me saisit seulement une heure ou deux après le décollage. J’ai tenté de faire un exercice de chinois et n’ai laborieusement écrit que 5 phrases sur les 9 de l’exercice lorsque je décide de dormir. Mais voilà qu’en cherchant un sommeil salvateur, les yeux clos, je perçois des signes de détresse de mon sens olfactif, une fois encore perturbé par une odeur nauséabonde qui fait obstacle à ma mise en veille. L’heure est grave, de mon cher voisin émanent en effet des effluves acides symptomatiques d’une hygiène défaillante sur les 36 dernières heures au moins. Je tente tout d’abord d’orienter mon visage vers l’allée, mais le nuage fétide m’enveloppe toujours. Je sacrifie le confort déjà spartiate dont doivent s’accommoder mes reins pour poser mon coussin orange sur mon visage, mais l’équilibre est trop précaire et ledit coussin rejoint rapidement mes genoux. En dernier recours, je me sers de la couverture supplémentaire dont j’ai la chance de disposer pour en glisser quelques coins sous le masque qui plonge mes yeux dans l’obscurité. Ainsi fixée, la couverture tombe sur le bas de mon visage et se révèle un filtre efficace contre l’infection qui me guettait. Le reste du voyage se passe sans encombre, même si j’ai un peu chaud, et je ne retire mon masque à gaz de fortune qu’à l’amorce de la descente vers Charles De Gaulle pour ne pas me soulever l’estomac de bon matin.

 

Arrivée à Montmorency, j’ouvre le portail de chez mes grands-parents à six heures et demie. Les oiseaux gazouillent à cœur joie et les plantes exsudent le printemps et l’aurore. Je m’arrête devant ces arômes, respire un temps à pleins poumons cet air qui vous transporte dans un autre monde. Malice des sens, qui savent si bien jouer du contraste entre l’humeur profonde et la vie extérieure, qu’ils vous balancent en pleine face comme pour vous réveiller, ou mieux vous enfoncer.

 

par Gwen publié dans : Tranche de vie
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